Mardi 25 novembre 2008

Lundi 24 novembre 2008.



A plusieurs nous remontons sur Garalo. Il y a là les 4 pompiers, Bernard qui doit prendre son avion ce soir, Nassé, La Durite, Claude, Segnin, Simon, Marie-Claire et Jean-Philippe l’ami médecin de Marie-Claire. Avec nous dans le véhicule Mercedes est monté un certain Karamoko. C’est un vieil homme digne de 65 ans, né en 1943. C’est aussi un vieux sage et un maître. Karamoko est une institution à lui tout seul, qui connaît comme personne la littérature française classique des 17°, 18°, 19° Il peut parler sans erreur de Voltaire, de Rousseau, des encyclopédistes ou d’Hugo. Nous réciterons d’ailleurs ensemble, tout en sautant sur la piste les poèmes de Ronsard « Quand vous serez bien vieille… » qu’il me souffla car je ne le connaissais plus très bien, et celui qu’Hugo composa en se rendant sur la tombe de sa fille, « Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne je partirai… » Ca peut paraître comme ça très surréaliste de voir un vieux monsieur de culture Bambara, musulman, maître d’école de son village et de réciter avec lui en sautant sur une piste en terre rouge des poèmes de notre littérature, mais c’est si agréable de trouver des passerelles entre des gens si différents que mon émotion est grande. Je voudrais ne plus m’arrêter, mais il en sait plus que moi.


En fait nous parlerons aussi de religion, de principes d’éducation et de culture pendant le trajet. Il expliquera durant ce trajet qu’il est né un dimanche d’où le titre de Kériba qui veut « grand » et qui  est donné à ceux qui sont nés le dimanche. Ceux-là sont aussi des  enfants de l’agriculture ou qui y feront quelque chose d’intéressant. Comme je suis né un dimanche, je suis un Kériba, et il me conseille de me tourner vers l’agriculture, certain que j’y pourrais y faire de grandes choses. Ceux qui sont nés le mardi sont des gens de pouvoir et il arrive assez souvent que l’on cache longtemps leur date de naissance pour leur éviter des problèmes.


Il y a donc des domaines d’activité prédestinés en fonction des jours de naissance et des noms qu’on porte en fonction de ces jours. Par exemple celles qui sont nées un mercredi sont nommées « Araba »et celles qui sont nées un jeudi portent le nom de « Aramsa », etc. Il ne précisera pas plus quelle prédestination portent ces prénoms.
Parler des traditions des prénoms qui prédestinent ou des façons de concevoir le temps est une chose, mais quand nous abordons le problème des religions c’est une autre histoire.


Il m’étonne beaucoup en posant que Yahvé, Allah et Dieu sont des noms différents pour une même personne, selon que l’on est du  judaïsme, du christianisme ou de l’islam. C’est la croyance et la foi qui nous différencient très vite. Nous nous rejoignons pourtant sur le fait que l’homme est l’objet de toutes les attentions, que c’est l’amour de l’autre, de son prochain comme on dit dans l’église, qui fait l’homme pur. Du coup en voilà encore un qui me dit que je suis déjà un croyant, que j’ai déjà fait la plus grande partie du chemin et que je dois venir le voir pour devenir définitivement un musulman.
Je le remercierai et nous nous séparons avec une fraternité dans le regard qui montre bien que ce fut une grande rencontre. En guise de viatique il me dit : « Quand on aime les hommes comme tu les aimes, c’est que tu as déjà rencontré Dieu, maintenant accepte-le » en sans se retourner il partit, marchand tranquillement vers le village pour lequel il avait demandé un arrêt.


Cette course fut longue avec un arrêt à Bougouni qui permit de faire réparer un pneu crevé et de déjeuner. Nous étions de retour à Bamako vers 16h.
Vers 18h nous sommes appelés par Nassé, tout le monde doit aller à la douane, 28 km je le rappelle, car tous le véhicules sortiraient ce soir. Il nous faut d’abord prévenir les pompiers pour qu’ils nous y rejoignent, il faut en plus battre le rappel de ceux qui sont en ballade, ou font des courses, du change ou retiennent leur billet d’avion, laisser Bernard à l’hôtel pour qu’il puisse prendre son avion et grimper à 9 chauffeur compris dans un pickup de 6 places. Du coup Picsou et moi montons à l’arrière et nous entrons dans la fournaise. Il faut traverser toute la ville et la banlieue, franchir le fleuve Niger, large et majestueux puis regagner la douane en franchissant les collines qui surplombent la ville.


J’ai parié une bière avec La Durite que tous les véhicules ne sortiront pas ce soir. Bon sang que j’aimerais perdre mon pari. Mais rien à faire je ne le sens pas. Peu après nous les pompiers arrivent à leur tour. Les discussions continuent et malheureusement je gagne mon pari. La Mercedes, le Nissan Patrol et le Range Rover de Marie-Claire ne sortiront pas car leur carte grise n’est pas au nom de l’association et les douaniers n’ont pas déclaré qu’ils contenaient des produits de la même mission humanitaire. Il faudra attendre demain matin pour que la réunion administrative règle le problème pour sortir les voiture au mieux demain après-midi. La galère continue d’autant que si nous rentrons à l’hôtel avec 6 véhicules, nous n’avons toujours pas les cartes grises. Encore une fois on nous accompagne après avoir payé une taxe pour laquelle on nous refuse un reçu, donc nous ne pourrons pas rouler.


Le retour dans la nuit est plus facile que nous l’imaginions. Nous sommes pourtant dans le flot des voitures et des motos qui sortent ou rentrent en ville par cette route des collines. De nombreux avertisseurs freinent notre avancée comme si la ville se refusait à nous, comme s’il nous fallait la reconquérir, la mériter à nouveau.
Les chambres sont distribuées, une pour Nassé et son fils, la 5 où nous étions il y a deux jours pour Dominique, La Durite et Picsou, la dernière pour Marie-Claire et pour moi. Tous me charrieront le matin au petit déjeuner parce que nous avons dormi dans la même chambre. Quand en me défendant je répondrai que j’ai bien dormi, ils me diront : « avant ou après ? » et quand elle dira que je n’ai pas ronflé, ils répondront que son tempérament est tel que je n’ai pas dormi, donc pas ronflé. Nous cessons de répondre et rions tous ensemble.

Par IDCG
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Rémunération de l'auteur

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Présentation

publication web sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus