Dimanche 23 novembre 2008.
Nous partons pour Garalo. Comme nous ne pouvons déloquer la situation douanière et administrative, décision est prise de nous rendre à Garalo. En effet, le village nous y attend et il ne saurait
être question de les faire patienter encore plus longtemps. Nous embarquons dans une fourgonnette avec armes et bagages et nous fonçons vers le sud. La route est excellente sauf les 50 derniers
kilomètres qui sont de la piste, tapissée de sable rouge, et de laquelle s’élèvent des nuages de poussière qui recouvre les arbres les teintant d’une double couleur baroque. Arrivés à bon port
après avoir été secoués en tous sens nous sommes arrêtés peu avant le village que nous apercevons au bout d’une ligne droite. Des cases, certaines en dur et d’autres qui ne semblent pas toutes
achevées bordent la route le long de laquelle circulent des camions, des voitures et des camionnettes pour assurer le commerce entre les pays voisins, comme le Burkina Fasso, et le Mali.
On nous fait descendre et des rangées d’hommes, de femmes et des nuées d’enfant nous accueillent en chantant, en rendant hommage aux toubabs que nous sommes. Les hommes sont présentés et les
titres ronflants sonnent marquant nos vains besoins de reconnaissance. Les femmes sont habillées en tenues colorées et nous regardent en riant entre elles. Si certaines ont de gros problèmes de
dentition, les visages sont tellement rieurs que nous oublions tout ce qui dans nos apparences pourrait poser problème dans notre monde. Nos bonheurs transgressent tous les clivages, les réserves
de nos cultures d’européens sont balayées par la chaleur de l’accueil.
Assez vite nous sommes conduits dans la cour de l’école, lieu prévu de rassemblement, et les discours commencent après que nous ayons été rafraîchis. Le soleil cingle la peau tellement il est
chaud. Qu’est-c e que cela aurait été-ce si nous étions venus ici en été ? Les discours se suivent en Bambara et en Français, et nous sommes présentés les uns après les autres. C’est vraiment
étrange de se retrouver, à l’évocation de son nom, seul au milieu de la place, regardé par tous qui rient quand ils entendent mon nom : comment peut-on s’appeler Boucher ? Quel nom rigolo ! Il me
faudra encore une facétie pour regagner ma place. Quand tous cela prend fin, nous rebuvons tant il fait chaud, et on nous conduit aux cases qui seront les nôtres pour les quelques temps à venir.
Nous savons, car on nous l’a répété souvent, que l’eau à Garalo est consommable, aussi ne manquons nous pas de nous abreuver au robinet dans la cour et à nous rafraîchir en nous lavant de façon
sommaire mais tellement agréable. Sauf dans cette enceinte qui nous est réservée, nous ne serons jamais seuls. Toujours des enfants seront présents qui nous glisseront leur main dans les nôtres,
car toucher un toubab (un blanc) porte chance. C’est amusant de nous voir tous avec des mains d’enfants accrochées aux nôtres.
Après un repas, comme quoi partout la fête se concrétise autour de la table, nous visitons un peu. Doucement le nombre de gens autour de nous diminue. Seuls les enfants restent tout le temps,
mais eux aussi voit leur nombre diminuer lentement.
Le soir une grande fête musicale est prête dans la cour de la mairie et ceux d’entre nous qui le voulaient ont participé aux danses après que les groupes de chanteurs et de musiciens aient livré
leurs récitals. Simon, Monique, Marie-Claire, Jean-François, Totor et d’autres ont livré leur transpiration en dansant avec tout le monde sur des rythmes simples et syncopés comme on en a
partout de par le monde. Les plus anciens, Claude, La Durite, Bernard, et moi cherchons dans le soir qui tombe à retrouver Elisabeth qu’ils connaissent. Elle est arrivée là à la suite d’un
conflit au Sénégal et a ouvert un petit café. Ce n’est qu’une courette de terre battue, entourée de quatre piquets et recouverte de branchages qui protègent ce lieu de consommation du soleil
pendant la journée. Sa bière est fraiche et ce bonheur simple nous procure un moment de paix dans la nuit tombée. Deux tournées étanchent notre soif. Nous ne pouvons commander plus de bière car
elle n’aurait plus le temps d’être fraîche. Entre nous nous comprenons que nous avons bu à nous quatre tout le stock qu’elle a d’avance. D’ailleurs elle recharge son frigo pour les consommateurs
du lendemain.
Après nous être un peu égarés sous une nuit merveilleusement étoilée, nous rentrons et commençons notre première nuit de paix à Garalo. Nous pensons à toute cette la distance franchie. Il
ne nous reste plus qu’à y faire livrer les camions bloqués sous douane.
Nous découvrons aussi les bobos qui sont protestants et qui ont construits un village à la lisière de Garalo. Leur village est propre et sans poussière ce qui contraste avec tout ce que nous
avons vu jusqu’ici. Ils sont travailleurs acharnés, constructeurs et eux aussi sont arrivés à la suite de graves conflits dans la région du nord du Burkina.
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