Samedi 22 novembre.
Farniente à Bamako.
Cette journée comme les deux précédentes sont écrites avec retard pour plusieurs raisons. La première c’est que la déception et la fatigue sont là qui nous tiennent, la deuxième c’est que nous
étions en brousse quelque temps net qu’on ne peut, ni écrire car il faudrait du courant, ni envoyer quoique ce soit car internet n’est pas branché derrière les baobabs.
Cette journée du 22 par exemple est écrite le lundi soir 24. Elle ne sera envoyée sur le blog que demain matin.
Revenons donc au 22.
Cette journée est une journée de visite pour tous ceux qui connaissent déjà la ville ou qui y ont des relations. Certains viennent rendre visite, d’autres vont rendre visite, d’autres vont voir
la ville et son marché, qui paraît-il est fameux, d’autres enfin dont je suis, bullent un peu, font leur lessive et farnientent doucement en trempant dans la piscine. Cette sensation de fraîcheur
dans l’eau n’est pas imaginable. Dès 10h le soleil chauffe la surface et y entrer est un délice. C’est en même temps un souvenir lointain qui remonte, comme si l’idée de se baigner était
lointaine elle-même, et les brasses sont lentes. On voit bien que chacun est soucieux de prendre son temps, de savourer la détente procurée, de graver dans sa mémoire ce moment particulier qui
est la preuve que nous sommes arrivés au Mali. Certes le but n’est pas encore atteint, mais le plus dur est fait. C’est ce sentiment qui domine quand au silence des premières brasses succèdent
les paroles qui libèrent les esprits. Nos corps ressentent cette fraîcheur comme si elle venait enfin baisser la température de notre corps de l’intérieur, et notre peau semble se rafraîchir
lentement, comme tiraillée entre l’intérieur et la surface.
D’un coup la fatigue surprend et la torpeur nous assassine. Il faudra à certains dont moi, deux siestes, une le matin et une l’après-midi, pour émerger.
Nassé essayera furieusement de joindre toutes ses relations pour tenter de résoudre notre problème. Ce fut sans succès.
Le soir nous nous retrouvons à table dans un restaurant et grâce à la visite de Mauri Kanté, chanteur célèbre devenu ministre des transports, nous nous sommes un peu déridés. Il pense que les
choses vont se décanter dès lundi. Aussi nous décidons de partir le lendemain pour Garalo but du voyage afin de rencontrer les villageois qui ont préparé une fête pour nous accueillir et pour
passer un peu de temps.
De retour à l’hôtel après un passage en boite de nuit, il faut bien découvrir la ville n’est-ce pas, nous prenons un verre au bar de l’hôtel et là on sent bien les anciens, les africains, les
broussards, tous ceux qui connaissent ces pays et leurs usages. On les voit qui évoquent, en gardant les yeux mi-clos, des passés révolus, qui rappellent leurs histoires comme les
vieux coloniaux parlent de leurs campagnes et de leurs exploits. Ils évoquent une Afrique disparue, un temps qui n’est plus mais qui les rend éternels à leurs yeux tant leurs histoires sont des
bornes incontournables de leur vie.
Ils sont la mémoire vivante de ces temps anciens et, heureux d’avoir le temps d’être écoutés, ils racontent et se racontent et revivent leurs passés. S’ils avaient sombré dans l’alcool, la fumée
et les femmes on aurait pu se croire entre dans l’entre deux guerres, à ce moment particulier où ces pays d’Afrique ne vivaient que par l’énergie, le courage, voire l’inconscience ou la
folie de certaines têtes brûlées dont les mondes nouveaux constituaient le terrain de jeu.
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