11 nov. 08. C’est la fête de l’armistice et nous entamons cette 5° journée après
une soirée fort sympathique.
A la suite de la discussion d’hier soir, un groupe important s’est formé pour aller se restaurer en ville. Rendez-vous compte chers amis lecteurs que nous sommes bloqués à Tanger et que nous
organisons des dîners en ville.
Pendant que le groupe le plus important était au restaurant, nous étions sept à rester sur place et garder le convoi. Etaient présents Segnin, Monique, Daniel, Patrick B., Didier, Bernard et moi.
Nous avons observé à cette occasion le manège d’un jeune qui tentait par tous moyens d’embarquer dans les ferrys qui rejoignaient Algésiras. Il tournait autour de la gueule béante de chaque bateau
et tentait de monter sur tous les camions qui entraient. Soit il bondissait à l’arrière de la remorque et grimpait comme un chat sur la tringlerie de fermeture des remorques, soit il tentait de se
faufiler en se cachant le long d’une camionnette, soit encore il se glissait sous un poids-lourd pour s’accrocher comme une ventouse afin de devenir chez nous un clandestin. Quelle vie doit-il
mener ici pour affronter à tout bout de champ les forces de l’ordre, se faire vertement tabasser au passage et pourtant revenir à la charge en permanence? Quand il est venu nous voir et qu’il a
proposé une cigarette à Didier/Totor en lui demandant du feu il a dit que c’était Dieu qui lui commandait d’agir ainsi.
Quand le premier groupe est revenu du restaurant nous sommes partis avec nos sacs et nos affaires, certains que nous passerions une bonne nuit là où Jean-François avait pris contact.
Il n’avait pas mangé avec le premier groupe, parce qu’il avait vérifié les conditions, et surtout négocié le fait que le gardien de l’hôtel voulait au dernier moment garder nos passeports pendant
la nuit et ne nous les rendre que le lendemain matin. Il n’en était pas question, aussi ses palabres durèrent longtemps et bien sûr il eut gain de cause.
Le soleil commence sérieusement à chauffer et Bernard qui craint le soleil s’enduit de crème pour préserver sa peau.
Disons quand même que nous avons très bien dormi, malgré des lits d’une fermeté toute monacale. Tous bien dormi sans exception ou presque. Car vers 3h du matin je n’avais plus sommeil. Aussi me
suis-je douché et habillé et je suis parti faire un tour en ville. J’ai longé l’avenue du bord de mer et au retour des petits vieux qui se demandaient ce que faisait un Français tout seul à cette
heure là m’ont invité à boire du thé. Nous avons discuté longtemps de la vie, des enfants, de l’âge et à force de boire thé sur thé je n’ai pas besoin de vous dire quelle envie pressante me tenait.
Nous nous sommes séparés et je suis retourné me coucher. Bernard dormait toujours et ronflait comme un sonneur. Je pense que finalement il me bat peut-être, même si lui dit que c’est
impossible.
A 8h20 ce matin Brigitte frappait avec entrain à notre porte et nous étions très heureux d’entendre une femme nous appeler pour lui ouvrir, sachant qu’en général elles demandent plutôt qu’on leur
ouvre pour s’enfuir. Nous nous sommes précipités à la porte, mais elle nous a tendu nos passeports, étonnée par nos mines déçues.
Quand j’ai fait ensuite la distribution des passeports, Didier/Totor nous a ouvert la porte de la chambre qu’il partageait avec Jean-François. Il avait, comme toujours, une mine heureuse et son
sourire d’enfant. Mais on sentait la blague cachée quelque part quand il a fini par nous dire avec un faux air d’enfant fautif: « regarde, je n’ai plu un vêtement sec, je n’ai pas fait pipi dans
mon lit et pourtant j’ai les pieds mouillés eux aussi ». En fait une fuite d’eau au lavabo de sa chambre a tout inondé et tout est trempé, et le sol de sa chambre était recouvert d’une couche d’eau
qui allait d’un mur à l’autre. Nous rions aux éclats je lui donne un pull, et lui propose une paire de chaussettes, c’est tout ce que j’ai à lui offrir, parce qu’on ne se trimballe pas avec la peau
à nu dans un pays musulman.